Actualités mondialesNouvelles

Macron Appelle la BCE à Privilégier la Croissance, ET Non la Seule Inflation.

Au moment où la croissance de la zone euro s’essouffle et que les tensions géopolitiques pèsent lourdement sur l’économie mondiale, le président Emmanuel Macron appelle la Banque centrale européenne (BCE) à adopter une approche plus équilibrée — orientée non seulement vers la lutte contre l’inflation, mais aussi vers le soutien à la croissance économique et à l’emploi. Ses remarques relancent le débat sur le rôle de la politique monétaire au sein de l’Union européenne et ouvrent une réflexion sur la nécessité d’une stratégie économique mieux adaptée aux réalités de 2025.

Une déclaration qui secoue Francfort

Lors d’une récente interview accordée à plusieurs médias européens, Emmanuel Macron a réaffirmé que « la lutte contre l’inflation ne peut pas être un dogme ». Selon lui, l’Europe traverse une phase où la politique monétaire doit « s’aligner sur les défis structurels de long terme » : la compétitivité industrielle, la transition écologique et la stabilité sociale.

Ces propos sont intervenus peu après la réunion de décembre 2025 du Conseil des gouverneurs de la BCE, au cours de laquelle la présidente Christine Lagarde a maintenu les taux directeurs à un niveau historiquement élevé, autour de 4,25%. Bien que l’inflation ait nettement reculé depuis son pic de 2022, la Banque centrale estime qu’elle reste légèrement au-dessus de l’objectif de 2%.

« Nous devons continuer à garantir la stabilité des prix, mais cette stabilité n’a de sens que si elle s’inscrit dans un cadre de prospérité durable, » a déclaré Macron.
« Sinon, nous risquons d’alimenter un autre fléau : celui du décrochage économique et du ressentiment social. »

Le contexte économique : une reprise fragile

L’économie européenne montre des signes de fatigue. Après un rebond post-pandémie en 2023, la croissance du PIB de la zone euro a ralenti pour atteindre à peine 0,8% en 2025, selon les dernières estimations d’Eurostat. Les principales économies — Allemagne, France, Italie — font face à une stagnation prolongée. L’industrie souffre d’un manque d’investissement, les ménages réduisent leurs dépenses, et la demande extérieure reste incertaine.

Dans ce contexte, les politiques monétaires restrictives ont aggravé les difficultés d’emprunt. Les entreprises peinent à financer leurs projets, les jeunes ménages renoncent à l’achat immobilier, et plusieurs gouvernements s’inquiètent d’une spirale de stagnation. Macron, dont la popularité oscille, tente de repositionner le discours économique européen sur un thème : la croissance durable.

« Ce n’est pas une question de laxisme budgétaire, mais de lucidité économique, » aurait confié un proche conseiller de l’Élysée.
« Le président pense que la BCE devrait réfléchir à un calendrier de normalisation plus souple, voire à des instruments ciblés en faveur de l’investissement. »

BCE : une institution sous pression

La Banque centrale européenne se trouve dans une situation délicate. Depuis 2022, elle a mené l’une des campagnes de hausse de taux les plus rapides de son histoire pour endiguer l’inflation alimentée par la guerre en Ukraine et la flambée énergétique. Si cette stratégie a permis de freiner la hausse des prix, elle a aussi alourdi le coût du crédit et ralenti la dynamique économique.

Christine Lagarde et son équipe ont toujours insisté sur la priorité absolue à la stabilité des prix comme garantie de la confiance dans la monnaie unique. Mais leur mandat, bien que strictement défini, n’exclut pas des considérations liées à la croissance. Des voix montent au sein même du Conseil pour défendre une approche plus équilibrée, notamment du côté des gouverneurs français, italiens et portugais.

« Nous devons rester vigilants face au risque d’un resserrement excessif, » a averti François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France.
« La politique monétaire doit soutenir, pas freiner, la transformation économique et écologique de l’Europe. »

Les arguments de Macron : l’économie réelle d’abord

Macron base son argumentation sur une logique simple : sans croissance, la stabilité des prix n’a que peu de sens. Il met en avant trois priorités essentielles sur lesquelles la BCE devrait concentrer ses efforts au-delà du combat contre l’inflation :

  1. Soutenir l’investissement productif : Les taux élevés dissuadent les entreprises d’investir dans les secteurs d’avenir comme l’intelligence artificielle, les énergies renouvelables et les technologies vertes. L’Europe, selon Macron, risque de perdre du terrain face à la Chine et aux États-Unis.
  2. Préserver la cohésion sociale : Le président s’inquiète de la montée des inégalités et de la précarité. Les classes moyennes, déjà fragilisées par la crise du pouvoir d’achat, sont à nouveau sous pression.
  3. Favoriser la souveraineté économique : Dans un contexte mondial instable, la dépendance européenne aux importations — notamment énergétiques et technologiques — reste préoccupante. Une politique de taux adaptée pourrait, selon lui, renforcer les capacités industrielles du continent.

Macron plaide donc pour une coordination plus étroite entre la BCE et la Commission européenne, afin d’adapter la politique monétaire aux grands objectifs stratégiques de l’Union : transformation verte, innovation et emploi.

Les réactions en Europe : entre adhésion et prudence

Les réactions n’ont pas tardé à se faire entendre à travers le continent. En Italie, la Première ministre Giorgia Meloni a discrètement salué la position française, estimant qu’« une Europe trop obsédée par la rigueur monétaire » se prive de leviers essentiels de croissance. En revanche, l’Allemagne a affiché sa réserve.

Le ministre allemand des Finances, Christian Lindner, a rappelé que « la mission première de la BCE reste la stabilité des prix », et qu’une trop grande flexibilité risquerait d’éroder la crédibilité de l’institution et relancer les tensions inflationnistes.

Dans les pays du Nord comme les Pays-Bas, la Finlande ou l’Autriche, la prudence domine également. Ces gouvernements craignent qu’un assouplissement prématuré n’entraîne une nouvelle flambée des prix ou des déséquilibres budgétaires dans les pays du Sud.

L’ombre du précédent Draghi

Cette initiative de Macron rappelle le célèbre « Whatever it takes » de Mario Draghi en 2012, lorsque l’ancien président de la BCE avait promis de faire tout le nécessaire pour sauver l’euro. À l’époque, son intervention avait marqué un tournant décisif, en combinant stabilité monétaire et soutien à la croissance.

Mais la situation actuelle diffère. Aujourd’hui, la menace n’est plus l’effondrement de la monnaie unique, mais plutôt la stagnation prolongée de l’économie européenne. Les marchés financiers, eux, semblent partagés. Si certains investisseurs accueillent favorablement l’idée d’un assouplissement—susceptible de relancer la demande—, d’autres s’inquiètent d’un signal trop politique envoyé à Francfort.

Une BCE moins indépendante ?

Derrière ce débat se profile une question sensible : le degré d’indépendance de la BCE face aux pressions politiques. Depuis sa création, l’institution de Francfort jouit d’une autonomie quasi totale vis-à-vis des gouvernements. Mais cette indépendance a parfois été critiquée, notamment en période de crise.

Les économistes soulignent qu’une coordination plus étroite entre la BCE et les autorités politiques ne signifie pas nécessairement une perte d’indépendance, à condition que les responsabilités soient clairement définies.

« Il faut repenser la gouvernance macroéconomique de l’Europe », explique l’économiste française Laurence Boone.
« La BCE ne peut plus fonctionner en vase clos. Les défis climatiques, technologiques et géopolitiques exigent une approche intégrée. »

Un tournant pour la politique européenne ?

Les propos de Macron interviennent également dans un contexte politique hautement stratégique. À l’approche des élections européennes de 2026, la question économique occupe le cœur du débat public. Les partis populistes surfent déjà sur le mécontentement des ménages face à la stagnation des salaires et au coût de la vie.

En s’emparant du sujet monétaire, Macron cherche à se présenter comme le champion d’une Europe plus dynamique et plus solidaire. Une Europe capable de conjuguer discipline et croissance, rigueur et ambition.

« Ce que nous voulons, c’est une BCE moderne, consciente que le monde a changé, » a-t-il déclaré.
« La BCE doit être au service d’une stratégie de prospérité européenne, pas d’un dogme technocratique. »

Des économistes partagés

Le monde académique reste divisé sur cette question.

  • Les partisans de Macron estiment que le resserrement monétaire actuel est devenu contre-productif. Pour eux, l’inflation en Europe est désormais tirée par des facteurs structurels (coût de l’énergie, transition verte, contraintes logistiques) que les taux d’intérêt ne peuvent pas résoudre.
    « La BCE combat un ennemi qui a déjà quitté le champ de bataille, » résume un économiste du think tank Bruegel.
  • Les opposants jugent au contraire qu’un discours politique sur la BCE fragilise son autorité. Selon eux, les gouvernements devraient plutôt agir via la politique budgétaire, en investissant davantage dans la formation, l’énergie et les infrastructures, sans déléguer à la banque centrale la mission de relancer la croissance.

Vers un nouveau compromis européen ?

Cette tension renvoie à une question plus profonde sur la gouvernance économique de l’Union européenne : faut-il revoir le pacte monétaire de Maastricht ?
Plusieurs économistes appellent à moderniser les statuts de la BCE pour introduire, à côté de la stabilité des prix, des objectifs complémentaires de plein emploi et de croissance verte — à l’image du mandat de la Réserve fédérale américaine (Fed).

L’idée fait son chemin à Bruxelles, où certains commissaires européens plaident déjà pour une « architecture économique plus flexible » adaptée aux défis du XXIᵉ siècle. Macron, quant à lui, souhaite en faire un sujet de débat lors du prochain Conseil européen.

Les perspectives : 2026, année pivot

L’année 2026 s’annonce décisive pour la politique monétaire européenne. Si la tendance désinflationniste se confirme, la BCE pourrait commencer à réduire progressivement ses taux dès le second semestre.
Certains analystes estiment qu’un ajustement limité pourrait déjà produire des effets concrets sur la consommation et l’investissement à partir de 2027.

Pour Macron, c’est l’occasion de réorienter le discours européen : sortir du paradigme du risque d’inflation pour construire une vision de prospérité partagée. Mais la route reste semée d’embûches : réticences allemandes, scepticisme des marchés et contraintes budgétaires nationales.

En conclusion : un appel à l’équilibre

L’appel d’Emmanuel Macron à la BCE est plus qu’un débat technique : il traduit une vision politique du projet européen. Celle d’une Europe qui ne se contente plus de gérer la stabilité des prix, mais qui cherche à redevenir un acteur économique global, capable d’innover et d’assurer la prospérité de ses citoyens.

Reste à savoir si la BCE acceptera de modifier son cap ou si elle continuera de défendre sa stricte orthodoxie monétaire. Entre stabilité et croissance, le dilemme de l’Europe n’a jamais été aussi visible.