Les députés français votent pour supprimer les zones à faibles émissions pour les véhicules après les critiques
L’Assemblée nationale française a adopté une motion pour abolir les zones à faibles émissions (ZFE), une mesure emblématique de la politique environnementale initiée sous le premier mandat d’Emmanuel Macron en vue de diminuer la pollution dans les grandes villes. Adoptée le 28 mai 2025 par 98 voix contre 51, cette décision a réuni des députés de l’opposition de droite et d’extrême droite, mais aussi quelques membres du parti présidentiel Renaissance, marquant une fracture au sein de la majorité. Les ZFE, souvent critiquées pour leur impact disproportionné sur les ménages modestes incapables d’investir dans des véhicules plus propres, visaient à restreindre l’accès aux centres urbains aux moteurs les plus polluants, comme les vieux diesels ou essences. Cette abolition, bien que symbolique pour l’instant, pourrait redéfinir l’approche écologique de la France, en priorisant l’équité sociale sur les objectifs de réduction des émissions, au risque de compromettre les engagements climatiques européens.
Origines et fonctionnement des ZFE : un déploiement progressif et controversé
Les zones à faibles émissions, connues sous l’acronyme ZFE, ont été conceptualisées dès 2016 dans le cadre de la loi sur la transition énergétique, avec Paris comme pionnière en instaurant des restrictions expérimentales sur les véhicules les plus émetteurs de polluants atmosphériques. À partir de 2019, cette mesure s’est étendue à 15 métropoles les plus touchées par la pollution, telles que Lyon, Marseille, Toulouse et Strasbourg, où les pics de NO2 et de particules fines dépassaient régulièrement les seuils recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Au début de 2025, l’extension s’est généralisée à toutes les agglomérations de plus de 150 000 habitants, potentiellement 33 nouvelles zones, couvrant ainsi près de 80% de la population française exposée à des niveaux élevés de pollution routière.
Le fonctionnement des ZFE repose sur un système de vignette Crit’Air, obligatoire pour circuler dans ces périmètres délimités par des panneaux signalétiques aux entrées de ville. Cette vignette, obtenue en ligne pour 3,70 euros et valable à vie, classe les véhicules en six catégories basées sur leurs émissions la catégorie 0 pour les électriques et hydrogène, la 1 pour les hybrides et essence post-2011, jusqu’à la 5 pour les diesels antérieurs à 2011, et les non-classables (avant 1997) interdits en permanence. Dans les villes phares comme Paris et la petite couronne, Lyon, Montpellier ou Grenoble, les interdictions se durcissent progressivement par exemple, à Paris, les Crit’Air 3 (diesels post-2006) seront bannis dès 2025 dans les zones les plus sensibles, avec des amendes allant de 68 à 450 euros pour non-conformité. Ces restrictions s’appliquent en semaine, avec des assouplissements les week-ends et jours fériés, et des dérogations pour les professionnels, les personnes handicapées ou les véhicules historiques. Bien que conçues pour améliorer la qualité de l’air – responsable de 40 000 à 48 000 décès prématurés annuels en France selon Santé publique France – les ZFE ont suscité des tensions, car elles excluent de facto les banlieusards et ruraux dépendants de voitures anciennes pour leurs trajets quotidiens.
Le vote décisif : alliances inattendues et divisions politiques
La motion pour abolir les ZFE a été déposée par Pierre Meurisse, député du Rassemblement national (RN, extrême droite), dans le cadre d’un projet de loi sur la simplification économique et réglementaire. Soutenue par des associations automobiles comme la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB) et la Ligue de défense des conducteurs, elle argue que ces zones constituent une “ségrégation territoriale” injuste, pénalisant les 12 millions de Français roulant en véhicules Crit’Air 4 ou 5. Le vote du 28 mai 2025 a révélé des alliances transversales outre le RN et Les Républicains (LR), des abstentions ou votes favorables au sein de Renaissance ont fait pencher la balance, malgré les appels du gouvernement à un compromis modéré.
Le Premier ministre François Bayrou avait tenté de désamorcer la révolte en proposant un amendement limitant les ZFE obligatoires aux seules villes dépassant les seuils OMS de pollution, comme Paris et Lyon, tout en allégeant les sanctions ailleurs via un “plan Roquelaure” pour des stratégies locales d’amélioration de l’air. Cet amendement a été balayé par 287 voix contre, illustrant le ras-le-bol d’une “écologie punitive” selon les termes de Laurent Wauquiez, chef des LR à l’Assemblée, qui y voit une “libération des Français d’une écologie étouffante”. Marine Le Pen, leader du RN, avait déjà fustigé ces zones comme des “no-rights zones” lors de sa campagne de 2022, les accusant de creuser les inégalités sociales. À l’extrême gauche, Clémence Guetté de La France insoumise (LFI) a dénoncé une imposition “sur le dos des classes populaires”, tandis que le communiste Fabien Roussel évoquait une “bombe sociale” prête à exploser. Ce consensus anti-ZFE transcende les clivages, reflétant un mécontentement populaire des sondages Ifop indiquent que 62% des Français jugent les ZFE injustes, particulièrement dans les zones périurbaines où les transports publics sont rares.
La victoire emblématique d’Alexandre Jardin et du mouvement Les #Gueux
Cette abolition parlementaire couronne les efforts d’Alexandre Jardin, romancier et cinéaste connu pour des œuvres comme “Fanfan la Tulipe”, qui a lancé le mouvement citoyen Les #Gueux fin 2024 via un hashtag sur les réseaux sociaux. Inspiré des “Gueux” des années 1560, ces rebelles hollandais contre l’oppression espagnole, Jardin revendique un nom symbolisant les “oubliés de la République” les classes moyennes et populaires exclues par des normes écologiques élitistes. Dans son pamphlet best-seller “Les #Gueux” (éditions Michel Lafon, plus de 40 000 exemplaires vendus en deux mois), il dénonce l’écologie comme un “sport pour riches”, où seuls ceux disposant de 40 000 euros pour une voiture électrique peuvent circuler librement, laissant les “gueux” – artisans, soignants, enseignants ruraux – cantonnés à la périphérie.
Le mouvement, apartisan et transpartisan, s’est structuré autour de quatre piliers : la suppression des ZFE, un moratoire sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) pour éviter une explosion des factures électriques via l’éolien et le solaire, l’abrogation des diagnostics de performance énergétique (DPE) punitifs pour la vente ou location de logements, et la promotion d’un référendum d’initiative citoyenne (RIC) pour redonner la parole au peuple. Jardin, cofondateur de l’association Lire et Faire Lire (20 000 bénévoles lisant à 750 000 enfants), et du collectif Bleu Blanc Zèbre (réparant les fractures sociales via 300 initiatives locales), insiste sur une action “dans l’ordre républicain” il a mobilisé maires et élus locaux dès le départ, évitant les dérapages violents des Gilets jaunes. Des manifestations massives ont suivi, comme celle du 6 avril 2025 à Paris avec des centaines de motards, ou le 27 septembre à Porte Dauphine, où Jardin a appelé à une “mobilisation nationale pour une mobilité accessible à tous”. Dans une interview au Figaro, il a célébré le vote “Tout le monde a joué son rôle. Les députés ont voté pour la fin de ce cauchemar ou se sont abstenus, de peur de affronter leurs électeurs.” Soutenu par des figures comme David Lisnard (président de l’Association des maires de France), Les #Gueux comptent désormais 78% d’opinions favorables en France, selon des enquêtes récentes, et visent à étendre leur combat à l’Europe.
Critiques environnementales : un recul sur la santé publique et le climat
Malgré ce succès populaire, le gouvernement et les partis écologistes – Europe Écologie Les Verts (EELV) et le Parti socialiste (PS) – ont vivement contesté l’abolition, la voyant comme un “signal négatif” pour la transition écologique. Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition écologique, a plaidé en séance “La pollution de l’air tue près de 40 000 personnes par an en France, dont 10 000 rien qu’à Paris ; les ZFE ont réduit les émissions de 20% dans les zones pilotes et sauvé des vies en baissant les hospitalisations pour asthme et maladies cardiaques.” Des études de l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) confirment que les ZFE-métropoles ont vu leurs niveaux de PM2.5 chuter de 15% entre 2019 et 2024, contribuant aux objectifs de l’Accord de Paris sur le climat.
La sénatrice EELV Anne Souyris a alerté sur BFMTV “Supprimer les ZFE, c’est choisir la mobilité des uns au détriment de la santé des tous ; cela pourrait causer des centaines de milliers de décès prématurés d’ici 2050.” Le député PS Gérard Leseul a renchéri, soulignant que ce vote ignore les normes OMS (NO2 < 10 µg/m³ annuels) et expose les vulnérables – enfants, seniors, riverains des axes routiers – à des risques accrus de cancers et troubles respiratoires. Les écologistes proposent des alternatives renforcer les aides à la prime à la conversion (jusqu’à 12 000 euros pour un véhicule électrique), développer les transports en commun (comme le plan Bus-Tram 2025) et cibler les pollueurs industriels plutôt que les usagers modestes. Ils craignent aussi des sanctions européennes : la France risque 3,3 milliards d’euros de fonds du plan de relance vert, et potentiellement 1 milliard de remboursement si l’UE juge cela un manquement aux engagements sur la qualité de l’air.
Impacts socio-économiques : entre équité et défis pour les usagers
Les ZFE ont révélé des fractures sociales profondes 40% des ménages à faible revenu dépendent de véhicules Crit’Air 4 ou 5, souvent indispensables pour des trajets domicile-travail en zones mal desservies par les trains ou bus. Dans les banlieues de Lyon ou Paris, cela signifie pour un ouvrier ou une infirmière un choix impossible : changer de voiture ou perdre l’accès au centre-ville, aggravant la précarité. Des motoring organisations comme l’Automobile Club de France estiment que les coûts cumulés (vignette, amendes, upgrade) pèsent plus sur les classes populaires, transformant l’écologie en outil d’exclusion plutôt que de justice environnementale.
Pour les conducteurs étrangers, comme les Britanniques en vacances, l’abolition temporaire soulage plus besoin de vignette Crit’Air pour éviter les PV, bien que des contrôles sporadiques persistent via caméras ANPR. Cependant, des dérogations locales pourraient perdurer dans les villes prouvant une air sain, et les professionnels (livreurs, taxis) bénéficient déjà d’exemptions élargies. Économiquement, l’industrie automobile française – Renault, Stellantis – pousse pour plus d’aides au renouvellement du parc (moyenne d’âge 11 ans en France), arguant que les ZFE ont boosté les ventes de électriques de 30% mais au prix d’une transition inégale.
Perspectives futures : le chemin vers une adoption définitive
L’abolition des ZFE n’est pas encore gravée dans le marbre elle doit être examinée par le Sénat, souvent plus conservateur sur les questions environnementales, avant intégration dans un projet de loi global à l’Assemblée en juin 2026. Le Conseil constitutionnel, saisi potentiellement par les écologistes, pourrait censurer la mesure si elle heurte les principes constitutionnels de protection de l’environnement et de santé publique, comme dans des arrêts passés sur le climat. En attendant, les 25 ZFE existantes restent opérationnelles, avec des extensions prévues gelées ; les usagers sont invités à vérifier les sites officiels pour les mises à jour.
Ce débat s’inscrit dans un contexte européen plus large l’Allemagne renforce ses Umweltzonen, le Royaume-Uni ses Clean Air Zones à Londres, tandis que la France pourrait inspirer un “modèle social” d’écologie, en misant sur le nucléaire (70% de l’électricité décarbonée) et l’hydroélectrique pour réduire les émissions sans punir les citoyens. Les #Gueux, fort de leur dynamique, préparent déjà des actions pour le RIC et la PPE, visant à “remettre le citoyen au centre” sans bloquer le pays, comme l’explique Jardin dans ses interventions. Reste à voir si cette victoire populiste mènera à une écologie plus inclusive ou à un recul sur les urgences climatiques.
