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Comment la Suisse est devenue un leader mondial de la finance verte

Depuis plusieurs années, la Suisse s’est imposée comme une référence mondiale en matière de finance verte et durable. Évoluant dans un contexte de changements climatiques globaux, d’objectifs d’émissions nets zéro et de régulations internationales croissantes, le pays a su transformer son secteur financier pour soutenir et accélérer la transition écologique. Grâce à une combinaison unique de savoir-faire financier, d’innovation, d’engagement politique et d’exigences en matière de durabilité, la Suisse joue désormais un rôle central sur la scène mondiale de la finance verte.

Cet article explore les raisons et les mécanismes qui ont permis à la Suisse de devenir un leader incontesté, en détaillant les initiatives publiques et privées, les résultats économiques, ainsi que les enjeux et perspectives pour l’avenir.

Qu’est-ce que la finance verte ?

La finance verte fait référence à l’ensemble des services financiers qui soutiennent le développement durable, notamment la lutte contre le changement climatique, la préservation de la biodiversité et la transition énergétique. Elle comprend les investissements, produits et services bancaires, assurances ou asset management tournés vers la réduction de l’empreinte carbone et la promotion d’activités responsables sur le plan environnemental.

Tableau : Les grands principes de la finance verte

Principe Description succincte
Investissement responsable Financer des projets durables (énergies renouvelables, infrastructures vertes)
Transparence Communication claire sur l’impact environnemental des produits financiers
Innovation Développement de nouveaux produits (obligations vertes, fonds thématiques)
Intégration des risques Prise en compte systématique des risques climatiques dans la gestion financière

Pourquoi la Suisse ? Avantages structurels et tradition d’innovation

La Suisse dispose de plusieurs atouts qui expliquent sa position dominante :

  • Solidité et réputation de sa place financière : Genève et Zurich figurent dans le top 5 mondial des centres financiers verts, avec Zurich en deuxième position derrière Londres.
  • Concentration d’experts et d’institutions : Le pays accueille de nombreuses organisations internationales et ONG, telles que le WWF, le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE FI), ou la Banque des Règlements Internationaux.
  • Capacité d’innovation : Les fintechs et start-ups suisses dynamisent la finance verte en développant de nouveaux produits et systèmes basés sur les technologies numériques et la data.
  • Engagement politique : Le Conseil fédéral a adopté des mesures concrètes pour inscrire la durabilité dans l’ADN de sa politique financière.

Tableau : Classement des centres financiers verts (2025)

Rang Ville Pays
1 Londres Royaume-Uni
2 Zurich Suisse
3 Amsterdam Pays-Bas
4 Paris France
5 Genève Suisse

Un engagement politique fort et des mesures concrètes

Le Conseil fédéral a initié une série de plans d’action pour accélérer la mutation du secteur financier :

  • En 2019, la Suisse a placé la neutralité carbone à l’horizon 2050 au centre de sa stratégie nationale.
  • En décembre 2022, un nouveau rapport sur la durabilité de la place financière suisse a défini 15 mesures phares, dont la transparence accrue, le suivi des performances climatiques des actifs financiers et le développement des « Swiss Climate Scores ».

Tableau : Les 4 axes stratégiques du plan d’action 2022

Axe Objectif principal
Accès aux données Renforcer la collecte et le partage de données durables
Transparence Imposer la publication d’informations environnementales
Innovation Soutenir les technologies vertes et fintech
Régulation Promouvoir un cadre réglementaire optimal

L’essor de la finance verte en chiffres

  • Plus de 5,3 milliards de CHF par an sont nécessaires jusqu’en 2050 pour la transition écologique suisse (hydraulique, agriculture, biodiversité, etc.).
  • Le volume d’investissement des obligations vertes double régulièrement, atteignant 171 milliards d’USD mondialement en 2018, avec une croissance continue depuis.
  • Les actifs financiers durables représentent près de 40% des portefeuilles bancaires suisses en 2025, soit l’un des taux les plus élevés à l’échelle mondiale.

Tableau : Répartition annuelle des besoins de financement (Transition écologique suisse)

Domaine Montant annuel (en Mrd CHF)
Infrastructures hydrauliques 2,6
Agriculture régénérative 1,4
Biodiversité & environnement 1,3
Total 5,3

Les acteurs clés du succès suisse

Les banques et assurances

Les grandes banques suisses (UBS, Credit Suisse, Julius Baer…) ont été pionnières dans l’intégration des critères ESG (Environnement, Social, Gouvernance), proposant des produits financiers verts, des crédits à taux préférentiels pour projets durables, et l’émission d’obligations vertes et sociales.

Organisations et initiatives

Sustainable Finance Geneva (SFG), The Sustainability Forum Zurich, Swiss Sustainable Finance, ou encore l’initiative Place Financière Durable, ont joué un rôle déterminant par la publication de guides, de critères d’investissement et la création de labels de transparence.

Le secteur public

L’État agit surtout en facilitateurs : il collabore étroitement avec le secteur privé et les ONG, fédère les initiatives et oriente les stratégies nationales vers les standards internationaux (objectifs de développement durable de l’ONU, Accords de Paris…).

Tableau : Les principaux acteurs de la finance verte en Suisse

Catégorie Organisation Rôle ou action clé
Banque UBS, Credit Suisse, Raiffeisen Offrir des produits financiers verts
ONG WWF, Swiss Sustainable Finance Recherche, sensibilisation, recommandations
Plateformes Sustainable Finance Geneva (SFG) Innovation, networking, incubation
État Conseil fédéral, Département des finances Législation, planification, coordination

Innovations et technologies au service de la finance verte

Avec le soutien du Secrétariat d’État aux questions financières internationales, le réseau des “FinTech vertes” a déployé un plan d’action concret pour 2030.

Celui-ci vise à :

  • Créer des plateformes de données environnementales,
  • Favoriser la croissance des start-ups du secteur,
  • Promouvoir l’investissement dans les technologies à impacts positifs (IA, blockchain pour la traçabilité des crédits carbone, etc.),
  • Encourager la collaboration entre banques, industries, chercheurs et pouvoirs publics.

Tableau : Exemples d’innovations fintech pour la finance verte

Innovation Utilité
Plateformes de scoring Comparer la performance écologique des investissements
Blockchain Garantir la transparence des obligations vertes
IA et Big Data Optimiser l’évaluation des risques climatiques
Microcrédit digital vert Financer les PME durables et locales

Impact économique et rayonnement international

Grâce à ses efforts, la Suisse attire les grandes fortunes et entreprises internationales souhaitant investir “vert”.

Mais l’impact dépasse l’économie :

  • L’engagement des institutions helvétiques freine l’investissement dans des activités polluantes (énergies fossiles, déforestation, exploitation du charbon…).
  • La place suisse propose une offre de fonds labellisés, répondant aux exigences des investisseurs privés et institutionnels à la recherche de sens et de performance conjugée.
  • Le pays est choisi pour l’implantation des sièges de réseaux internationaux dédiés à la finance durable, comme la FC4S (Financial Centres for Sustainability).

Tableau : Effets économiques de la finance verte sur la Suisse

Indicateur Évolution 2019-2025
Nombre de fonds verts domiciliés +50%
Emplois liés à la finance durable +30%
Raisonnement d’actifs durables +40%
Financement d’infrastructures +50%

Défis et perspectives d’avenir

Malgré ses avancées, la Suisse doit encore relever plusieurs défis :

  • Accroître la part des financements effectivement orientés vers la lutte contre le réchauffement climatique.
  • S’assurer que la croissance des produits “verts” s’accompagne de vraies performances environnementales et pas seulement d’un effet d’affichage (“greenwashing”).
  • Harmoniser ses normes avec l’Union européenne et les autres places financières, pour garantir la transparence internationale et l’attractivité du marché suisse.

Cependant, la dynamique actuelle, la montée en puissance des épargnants soucieux de durabilité et la recherche croissante de solutions innovantes laissent présager un renforcement du leadership suisse dans la finance verte à l’horizon 2030 et au-delà.

Conclusion

La Suisse est aujourd’hui un acteur incontournable de la finance verte, grâce à une vision stratégique claire, un écosystème innovant, et la mobilisation conjointe du secteur public et du secteur privé. Face à l’urgence climatique et à la transition nécessaire de l’économie mondiale, le pays se positionne comme un facilitateur et un accélérateur de solutions, en guidant la communauté internationale vers une finance à impact positif, performante et pérenne.