Environnement

5 produits chimiques controversés interdits en Suisse (mais autorisés ailleurs)

La Suisse est reconnue pour sa réglementation stricte en matière de produits chimiques. Pourtant, plusieurs substances bannies sur son territoire restent produites et exportées vers d’autres pays. Ce paradoxe soulève des questions éthiques et environnementales. Décryptage de cinq cas emblématiques.

1. Chlorothalonil : le fongicide qui empoisonne les sols

Interdit en Suisse depuis 2019

Utilisé depuis les années 1960 contre les maladies des céréales, le chlorothalonil a été interdit après la découverte de métabolites toxiques dans les nappes phréatiques. L’Office fédéral de l’agriculture a jugé les risques pour la santé humaine et les écosystèmes aquatiques trop élevés.

Données clés Détails
Utilisation historique Protection des cultures de blé, maïs et légumes
Risques principaux Carcinogène probable, contamination durable des eaux souterraines
Exportations depuis l’Europe 130 tonnes envoyées au Costa Rica entre 2019 et 2023
Pays utilisateurs actuels Brésil, Inde, États-Unis

 

Problématique : Malgré son interdiction en Europe, des entreprises continuent de le commercialiser dans des régions aux normes moins strictes, aggravant les risques sanitaires locaux.

2. Paraquat : l’herbicide mortel

Interdit en Suisse depuis 1989

Une seule gorgée de ce désherbant peut être fatale. Associé à la maladie de Parkinson, il est pourtant massivement utilisé dans les plantations de soja et de coton.

Données clés Détails
Toxicité Mortel par inhalation, risque de troubles neurologiques chroniques
Production actuelle 37 000 tonnes exportées par Syngenta en 2018
Pays utilisateurs actuels Australie, Chine, Mexique

Cas d’étude : En Malaisie, des ouvriers agricoles souffrent de lésions cutanées et de difficultés respiratoires après des expositions répétées.

3. Cyanamide : le régulateur de croissance à double tranchant

Interdit dans l’UE depuis 2008

Ce produit accélère la maturation des raisins mais est suspecté d’être cancérigène et toxique pour la reproduction.

Données clés Détails
Utilisation Viticulture, arboriculture
Risques sanitaires Irritation des voies respiratoires, effets sur la fertilité
Exportations allemandes 4 tonnes envoyées hors UE en 2022
Pays utilisateurs actuels Afrique du Sud, Chili

Impact social : En Afrique du Sud, des travailleurs viticoles signalent des crises d’asthme chroniques liées à son utilisation.

4. Chlordécone : le poison des Antilles

Interdit en Suisse (liste POPs)

Cet insecticide persistant a contaminé les sols de Guadeloupe et Martinique pour plusieurs siècles, entraînant un taux de cancer de la prostate record.

Données clés Détails
Période d’utilisation 1972-1993 dans les bananeraies
Contamination actuelle 90 % des habitants exposés en Martinique
Pays producteurs historiques France, États-Unis

Scandale sanitaire : L’INRS estime que 50 000 personnes souffriront de pathologies liées à cette substance d’ici 2040.

5. Hexachlorobenzène (HCB) : le contaminant oublié

Interdit en Suisse (Convention de Stockholm)

Présent comme impureté dans le chlorothalonil, ce fongicide s’accumule dans la chaîne alimentaire et perturbe le système hormonal.

Données clés Détails
Sources d’exposition Résidus dans l’eau, produits agricoles contaminés
Effets à long terme Troubles thyroïdiens, malformations congénitales
Pays à risque Régions sans contrôle strict des impuretés dans les pesticides

Tableau comparatif des impacts

Substance Toxicité aiguë Persistance environnementale Zones critiques
Chlorothalonil Modérée 5-10 ans dans les sols Amérique latine, Asie du Sud-Est
Paraquat Élevée 1-2 ans (dégradation rapide) Plantations industrielles tropicales
Cyanamide Faible 6 mois Vignobles à haut rendement
Chlordécone Chronique 600 ans Caraïbes
HCB Chronique 20-30 ans Zones industrielles

Conclusion : un double standard dangereux

Ces cinq produits illustrent le fossé entre les protections sanitaires nationales et les pratiques commerciales internationales. Alors que la Suisse renforce sa législation chimique, l’exportation de substances prohibées vers des pays vulnérables reste un problème majeur. Une harmonisation mondiale des normes, comme le propose l’initiative « Toxic-Free Trade », serait essentielle pour protéger santé et écosystèmes.