Le gouvernement français tombe alors que Bayrou perd le vote de confiance
PARIS – Le gouvernement du Premier ministre François Bayrou s’est effondré lundi soir après que les députés ont rejeté sa motion de confiance par 364 voix contre 194.
Ce résultat prolonge la crise politique en France, faisant de Bayrou le quatrième Premier ministre en un peu plus d’un an. Comme son prédécesseur Michel Barnier, il a été renversé à cause du budget.
Dans un ultime appel avant le vote, Bayrou a averti que « la soumission à la dette est comme une soumission par les armes », soulignant que les emprunts de la France avaient atteint 3 415 milliards d’euros.
Défiant à la fois la gauche et l’extrême droite, il a rappelé aux parlementaires qu’ils avaient le « pouvoir de renverser le gouvernement » mais pas celui « d’effacer la réalité ».
Mais le président du groupe socialiste, Boris Vallaud, a dénoncé dans un discours cinglant les « fausses promesses et trahisons » de Bayrou, déclarant que « c’est maintenant à la gauche de gouverner ».
La leader d’extrême droite Marine Le Pen a accru la pression sur Emmanuel Macron, l’exhortant à « s’écarter avant le peuple ». Dissoudre l’Assemblée, a-t-elle insisté, « n’est pas une option mais une obligation ».
Le nouveau message de Le Pen : dissolution ou chaos
Après avoir invoqué en août l’article 49.3 sur les « finances désastreuses » de la France, le Premier ministre a multiplié les apparitions médiatiques pour convaincre les Français des avantages de sa politique d’austérité de 44 milliards d’euros.
Lundi, il semblait résigné à quitter ses fonctions, concluant son discours par un timide « appel au compromis ». Il devrait remettre sa démission au président Emmanuel Macron mardi.
Neuf mois au pouvoir
Après la chute de Barnier en décembre 2024, Bayrou avait déclaré à Macron qu’il aspirait à « accomplir de grandes choses » dans les 30 mois précédant l’élection présidentielle de 2027.
En prenant ses fonctions en janvier, il avait négocié un fragile « pacte de non-renversement » avec le Parti socialiste (PS).
Pourtant, il n’a pas réussi à réviser la réforme des retraites de 2023, très impopulaire, qui a relevé l’âge de départ de 62 à 64 ans, aliénant même les opposants les moins combatifs à gauche.
Avec seulement 66 des 577 sièges de l’Assemblée, le PS a peu de marge de manœuvre, mais l’Élysée semble à l’écoute.
Le Rassemblement national d’extrême droite avait initialement choisi de jouer la carte de la responsabilité, excluant de renverser le gouvernement au printemps.
Mais la condamnation en première instance de Marine Le Pen dans l’affaire des assistants parlementaires européens l’a convaincue qu’il était temps de renverser la table et de pousser pour le pouvoir, alors que sa candidature présidentielle est en péril.
Ainsi, Bayrou n’a tenu que neuf mois à Matignon, malgré sa réputation de négociateur habile.
Et maintenant ?
Macron avait mis près de deux mois pour nommer Barnier après le second tour des élections législatives anticipées de l’été 2024, et 10 jours pour désigner Bayrou comme remplaçant.
Cette fois, l’Élysée a réagi dans les minutes suivant le résultat, indiquant que le président avait « pris acte » de la chute de Bayrou et nommerait un successeur dans les prochains jours.
Avec des manifestations et des grèves prévues pour le 10 septembre, Macron est sous pression pour agir plus vite. Des « fêtes d’adieu » pour célébrer la chute de Bayrou sont déjà organisées lundi devant de nombreuses mairies à travers la France.

Au-delà du budget 2026, de nombreux dossiers restent en suspens, de la signature de l’accord avec les pays du Mercosur à la recherche d’un compromis sur le statut du territoire français d’outre-mer de la Nouvelle-Calédonie.
Fin août, le président français avait promis que l’« agenda économique » défini avec le chancelier Friedrich Merz serait mené à terme, même en cas de chute du gouvernement.
Pour l’instant, la priorité de Macron sera de nommer un nouveau Premier ministre capable de lui éviter une nouvelle dissolution.
