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Carney présente ses excuses à Trump concernant la publicité sur l’Ontario, mais les négociations restent au point mort.

Les tensions commerciales entre les États-Unis et le Canada se sont intensifiées depuis que le président Trump a lancé son initiative tarifaire mondiale, incluant des droits de douane importants sur les importations canadiennes. Actuellement, les États-Unis imposent un tarif de 35% sur les produits canadiens, bien que la plupart soient exemptés en vertu d’un accord de libre-échange. Cependant, certains secteurs industriels font face à des tarifs distincts, notamment 50% sur l’acier et l’aluminium et 25% sur les automobiles. Cette escalade tarifaire a provoqué des frictions diplomatiques considérables entre les deux pays.​

La publicité controversée de l’Ontario

La province de l’Ontario, dirigée par le Premier ministre conservateur populiste Doug Ford, a commandité une publicité télévisée de 60 secondes critiquant les tarifs de Trump. Cette publicité présentait des extraits modifiés d’un discours radiophonique national de 1987 du président Ronald Reagan, au cours duquel Reagan affirmait que les barrières commerciales nuisent à chaque travailleur et consommateur américain. La publicité a été diffusée pendant les deux premiers matchs de la Série mondiale entre les Blue Jays de Toronto et les Dodgers de Los Angeles, touchant ainsi des millions de téléspectateurs américains.​

Ford a affirmé ultérieurement que le spot publicitaire avait obtenu « un milliard de vues », gagnant l’attention du public aux États-Unis et à l’étranger, y compris au Royaume-Uni et en Inde. Cette portée massive a amplifié l’impact de la campagne et attiré l’attention de la Maison-Blanche sur la question.​

La réaction courroucée de Trump

Trump a interprété cette publicité comme une attaque personnelle et a allégué qu’elle tentait d’influencer indûment une décision imminente de la Cour suprême américaine concernant ses politiques tarifaires. La Cour suprême est en effet programmée pour tenir des plaidoiries orales le mois suivant dans une affaire contestant de nombreux tarifs de Trump. En réaction, l’administration Trump a halté les négociations commerciales avec le Canada et a annoncé une augmentation des tarifs de 10% supplémentaires sur les biens canadiens.​

Trump a également critiqué le gouvernement canadien pour ce qu’il qualifiait de « comportement odieux », suggérant que la publicité visait à « interférer avec les décisions de la Cour suprême des États-Unis et des tribunaux » concernant les tarifs. Cette interprétation révèle la sensibilité de Trump face aux critiques de ses politiques commerciales et sa perception que cette publicité constituait une ingérence indue dans les processus judiciaires américains.​

L’apologie de Carney

Le Premier ministre canadien Mark Carney a confirmé son apologie lors d’une conférence de presse samedi après sa participation au Sommet de coopération économique de l’Asie-Pacifique (APEC) à Gyeongju, en Corée du Sud. L’apologie a été présentée lors d’un dîner mercredi, accueilli par le président sud-coréen au début du forum APEC.​

Carney a déclaré : « Je m’excuse auprès du président. Le président a été offensé par la publicité, et ce n’est pas quelque chose que j’aurais fait, c’est-à-dire de mettre en place cette publicité, et donc je me suis excusé auprès de lui. » Il a également souligné : « Je suis celle qui suis responsable, dans mon rôle de première ministre, de la relation avec le président des États-Unis, et le gouvernement fédéral est responsable de la relation étrangère avec le gouvernement américain. Donc, des choses se produisent. Nous prenons le bon avec le mauvais, et je me suis excusé auprès de lui. »​

Tentative de Carney de dissuader Ford

Avant la diffusion de la publicité, Carney a explicitement conseillé à Ford de ne pas procéder avec la campagne publicitaire. Lorsqu’on lui a demandé quelle avait été la réaction de Ford à cette demande, Carney a répondu avec ironie : « Eh bien, vous avez vu ce qui en est résulté. » Cette réponse laconique indique la frustration de Carney face au refus de Ford de suivre ses conseils et souligne les divisions au sein du gouvernement canadien sur la question des tarifs.​

Carney a également noté : « C’est quelque chose dont je prendrais la responsabilité en tant que première ministre, car la relation avec le président relève de ma compétence. » Cette déclaration reflète la compréhension de Carney selon laquelle, bien que la publicité ait été commanditée par une province, le Premier ministre fédéral porte la responsabilité ultime de la relation avec les États-Unis.​

La dynamique politique interne

Il existe une division notable entre Carney, un libéral, et Ford, un politicien conservateur populiste. En tant que premier ministre, Ford détient des pouvoirs similaires à ceux d’un gouverneur américain et a une certaine autonomie vis-à-vis du gouvernement fédéral sur les questions de politique provinciale. Carney a reconnu cette division lors de la conférence de presse, mentionnant qu’« il y a d’autres premiers ministres qui ont une vision différente » concernant la publicité tarifaire.​​

Les incidents diplomatiques connexes

La publicité a également provoqué un échange houleux entre l’envoyé américain Pete Hoekstra et le représentant commercial de l’Ontario David Paterson. Ford a qualifié les commentaires de Hoekstra d’« absolument inacceptables » et a atteint Paterson pour s’excuser. Cet incident souligne les tensions sous-jacentes dans les relations bilatérales provoquées par la campagne publicitaire.​

La réaction de Trump à l’apologie

Trump a confirmé l’apologie lors d’une conversation avec les journalistes à bord d’Air Force One vendredi. Il a déclaré : « Je suis celle qui ai une très bonne relation. Je l’aime beaucoup. » Cependant, Trump a également ajouté : « Mais ce qu’il a fait était mal. » Cette observation révèle une contradiction intéressante : bien que Trump apprécie personnellement Carney et accepte son apologie, il maintient fermement que la publicité constituait une violation grave des normes diplomatiques.​

L’impasse aux négociations commerciales

Malgré l’apologie de Carney et la description positive par Trump de leur relation personnelle, les négociations commerciales restent gelées. Trump a précédemment déclaré qu’il ne rencontrerait pas Carney « pendant longtemps », indiquant que l’apologie personnelle n’a pas suffi à restaurer les discussions commerciales. Cette situation reflète la complexité de la diplomatie commerciale, où les gestes personnels d’apologie peuvent être insuffisants pour résoudre les différends politiques plus larges.​

Implications plus larges

Cette controverse met en lumière plusieurs enjeux plus larges : l’autonomie provinciale en matière de politique étrangère, la responsabilité du gouvernement fédéral dans la gestion des relations diplomatiques, et la vulnérabilité des politiques commerciales aux tactiques de relations publiques transnationales. Elle soulève également des questions sur le rôle des gouvernements provinciaux dans les questions de politique étrangère et commerciale qui relèvent traditionnellement de la compétence fédérale.​